Le chemin (inachevé) vers les championnats du monde

A l’issue des championnats de France 2017, j’ai obtenu ma sélection pour les championnats du monde de trail. Une nouvelle présélection qui reste et restera toujours un immense honneur. Un bonheur que tout l’argent du monde ne permet pas de s’offrir. La garantie de vivre une belle et grande aventure humaine avec les autres athlètes, le staff et tous ceux qu’on peut rencontrer tout au long de la saison.

Ma saison 2017 s’est terminée en octobre après les Templiers. Depuis, je n’ai enfilé que trois dossards (au trail de Noël, au Ventoux et aux Citadelles). Plus les années passent, plus j’adore m’entraîner et repousser mes limites… sans forcément éprouver la nécessité de mettre un dossard. Le début d’année se passe bien. Je m’entraîne sérieusement en ski, course à pied et sur le home trainer. Dès la mi-janvier, les choses se compliquent. Je contracte un vilain virus qui me gêne durant 15 jours. Rien de bien inquiétant, si ce n’est le fait que je dois renoncer au trail de la Galinette.

Je repars avec envie dès que le corps est apte. Je réalise un excellent bloc malgré des semaines de travail à plus de 45 heures. Tout va bien, la forme monte, les sensations sont excellentes. Enfin, c’est parfait… jusqu’au lundi 19 février. Ce jour-là, je fais du ski de fond sur le plateau de Glières. Un instant d’inattention et me voilà sur les fesses ! Il fait une température négative (dans les -10°C), alors la piste est très dure. Mon bassin heurte violemment le sol. La douleur est intense sur le coup, puis devient supportable. Je skie toute la journée. La douleur me poursuit durant le reste de la semaine sans m’empêcher de courir ou skier. C’est une semaine plus tard que la situation se complique. Je ne peux quasiment plus courir ou skier. Vu la charge professionnelle, je dois attendre la semaine suivante pour consulter mon ostéopathe. Il fait des miracles au niveau de mon coccyx. Je peux reprendre la course à pied sans douleur le jeudi 8 mars avec une belle rando course de 25 km et 2500 m D+. Je me dis que les sensations sont correctes. De toute manière, on sera vite fixé avec le trail du Ventoux.

19 mars. Premier dossard de la saison sur les pentes du Ventoux. Je termine 5ème à 4 minutes du vainqueur. Je suis presque surpris de mon niveau vu les pépins depuis le début de l’année. Il ne me manque déjà pas grand-chose pour jouer la gagne. Toutefois, j’ai hâte de reprendre un vrai entraînement. J’aime enchaîner les belles journées : c’est là que je trouve mon plaisir. Être performant sans avoir le sentiment de donner son maximum à l’entraînement ne me conduit que rarement vers de réels moments de bonheur.

Dès le 21 mars, je reprends le chemin d’un entraînement très soutenu. Entre Chablais, Champsaur, Ariège et massif des Bauges, j’enchaîne trois semaines très intenses tant en quantité qu’en qualité. Le 1er avril, je passe un dimanche très agréable sur les chemins ariégeois des Citadelles. Malgré la fatigue, les sensations sont positives. La forme monte, comme en témoigne mon allure proche de Luis Alberto Hernando sur ce parcours. La confiance monte aussi, même si ce n’est pas très important. Elle est revenue depuis le Ventoux. Utiliser les autres comme des révélateurs de son niveau et non uniquement comme des concurrents. D’ailleurs, j’ai nettement plus appris sur ma forme au Ventoux qu’aux Citadelles (hormis la comparaison avec Luis qui faisait 54 km en commun avec mon parcours de 70 km).

Après ce long voyage, je pose mes bagages chez mon ami Ugo Ferrari. On s’entraîne durant quatre jours de manière très volumineuse. On brave le soleil (facile) mais aussi la pluie et la grêle (moins facile !). Ugo casse la chaîne de son vélo… vous la sentez, la poisse qui nous poursuit ? J’ai des sensations et des données de puissance qui sont vraiment excellentes. Toutefois, je retiens surtout ces beaux moments de souffrance, de partage, de course sur des terrains enneigés et éprouvants. Bref, « on kiffe la life », quoi !

Le week-end suivant se déroule autour d’un stage organisé par Rémy Marcel, entraîneur grenoblois. Deux belles journées de partage avant de filer dans le Cantal pour rejoindre les autres athlètes de l’équipe de France. Dès le lundi matin, nous réalisons une belle rando-course sous un ciel chargé. Je me sens fatigué, mais très heureux d’être ici. Je me repose le lundi après-midi vu le déluge qui s’abat sur nous. Mardi matin, nous effectuons une séance de montée/descente. Je ne suis pas très frais mais on s’amuse bien tous ensemble. John Lherminier est venu avec nous et, l’après-midi, nous nous offrons une sortie vélo au cours de laquelle je sens une petite gêne dans la fesse droite. Rien d’inquiétant.

Mercredi 11 avril au matin, nous programmons une sortie longue de 3h30. Dès le départ, je sens cette gêne à la fesse droite. Elle est limitée puis s’accentue au fil de la séance. Vu les conditions climatiques au sommet du Plomb du Cantal, on ne s’attarde pas. J’ai mal, mais ça reste supportable. Nous descendons sur le Lioran. Quelques minutes d’arrêt… puis courir devient très pénible pour moi. Heureusement, la sortie est finie. Les kinés pensent à une inflammation au niveau sacro-iliaque. Je ne peux pas courir, alors je fais du vélo. La gêne est persistante mais totalement supportable. Je renonce à l’UMS. Le vélo est douloureux ce jour-là. Je me repose dimanche et lundi tout en consultant mon ostéopathe. Je teste de nouveau quelques jours plus tard. Aucune amélioration. Je commence à m’inquiéter.

Nouveau test à pied le samedi 21 avril, mais je dois faire demi-tour après 5 minutes de petites foulées. Dans ma tête, c’est clair maintenant. Le souci est grave. Je soupçonne une fracture de fatigue, bien conseillé par l’ami Philippe Gignac. Je préviens le staff médical qui m’obtient une IRM pour le mardi après-midi.

Le verdict tombe : fracture de contrainte de l’aileron sacré droit. Mentalement, je suis prêt à l’entendre. La pratique intensive développe souvent des ressentis fins. Je me doutais du verdict. Au moins, c’est confirmé.

Depuis, j’ai reçu de nombreux témoignages de soutien. Je vous remercie tous de ces messages de sympathie. Nombreux sont ceux à me demander si mentalement je vais bien. La réponse est oui. Pour diverses raisons, je ne pense pas être esclave de ma pratique malgré les nombreuses heures que je consacre à cette dernière. Je vis un rêve en pratiquant de manière presque professionnelle huit mois par an. L’exploration de mes limites a souvent été mon principal moteur. Au-delà des résultats, je cherche avant tout à donner le meilleur de moi-même. Cela demande une prise de risque qu’il faut accepter. A l’image du skieur extrême qui accepte les dangers liés à sa pratique. Je n’oublie pas aussi – et surtout – que la préparation était presque derrière moi. La période du repos allait venir, nécessaire mais pas la plus enrichissante à mes yeux. Non, je ne prendrai pas le départ des championnats du monde… mais est-ce vraiment grave ? Je suis presque plus embêté d’abandonner mes coéquipiers si près de l’échéance. Ils ne seront que cinq au lieu de six pour le classement de l’équipe. Le collectif aura tout de même très fière allure. Je serai sur le bord du sentier pour les pousser à se transcender. Nous sommes un groupe. Si je ne peux pas être utile directement sur le plan sportif, je vais essayer de partager au mieux mon expérience pour que les autres nous fassent rêver.

Et ensuite ?… Il y aura du repos durant quelques semaines puis une reprise progressive par des sports portés. Sans me mettre aucune pression, j’espère rechausser mes baskets pour fêter mes 32 ans (le 29 juillet). Cela ressemble étrangement à la saison 2017. Si la suite se révèle identique, cette blessure sera bientôt loin derrière moi.

A bientôt sur les sentiers !

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