Une année sous le signe du sport, de l’amitié et du partage

Je pourrais vous parler des résultats, des échecs, des victoires. De ces compétitions qui focalisent l’attention dans le sport en nous détournant trop souvent de l’essentiel. J’ai longtemps (trop ?) vécu le sport à travers la compétition, le résultat. J’oubliais sans doute l’essentiel : trouver son bonheur dans le chemin. L’échec a été salvateur et m’a permis de mûrir. Balayer l’objectif de résultat pour vivre intensément mon amour de l’entraînement. S’épanouir au quotidien pour que la compétition ne soit qu’une belle cerise sur le gâteau.

« Quel est ton meilleur souvenir de l’année ? »

 La simplicité, et peut-être l’erreur, serait de répondre : « mon titre de champion de France et cette belle bataille avec Kilian ». Ce sont des moments privilégiés, il ne faut pas bouder son plaisir. Pourtant, j’ai aussi d’autres instants en tête, tout aussi épanouissants. C’est peut-être le fait de mûrir, mais j’apprécie, au quotidien, l’immense chance de vivre intensément ma passion. Ces centaines d’heures annuelles à explorer les limites de mon corps, à observer cette merveilleuse nature, à profiter avec les copains de ces belles tranches de vie. Récemment, j’ai revu l’arrivée de ma CCC 2015. J’avais oublié les émotions vécues. J’étais tellement à bout physiquement que le cerveau était presque en mode off en disant : « Tu es gentil, Nico, mais on ne veut plus vivre cette douleur. » L’émotion fut pourtant majeure ce jour-là mais le corps était trop poussé à bout pour l’apprécier à sa juste valeur.

Mon année sportive 2017 a commencé sur les pentes du Ventoux. C’est une habitude puisque j’ai pris part à toutes les éditions depuis 2011. Une fidélité à l’organisation car j’apprécie les valeurs de Serge et de toute son équipe. Avoir la possibilité de leur offrir une belle bataille est une reconnaissance pour leur engagement en faveur de notre sport. Vainqueur en 2016, j’ai abordé cette course avec moins d’implication et, forcément, à ce niveau, ça se paye cash. Malgré tout, j’ai vécu une journée particulière aux côtés de Romain Maillard, membre de mon ancien team. J’avais à cœur de le voir réussir une belle course. On s’est bien motivé dans les moments difficiles et Romain a réalisé son rêve de porter le maillot bleu. Il fut aussi mon partenaire de chambre lors du stage et aux championnats du monde. Mon podium et cette sélection ont rendu ma journée quasiment parfaite. La victoire n’aurait pas ajouté tellement d’émotions à cette journée. Une belle aventure humaine qui va se poursuivre en 2018 puisque nous partagerons encore le maillot national.

Ensuite, j’ai lancé la préparation pour un double objectif Transvulcania / championnats du monde. Pour maximiser mes chances, je suis parti au soleil avec trois amis, François, Florent et Sébastien. 10 jours à découvrir essentiellement les routes de Ténérife. Des heures de selle, des litres de sueur, quelques courbatures et des fous rires pour vivre un séjour inoubliable. Deux journées à plus de 8 heures sur le vélo avec une double ascension du Teide sous la houlette d’un infatigable Michel Mondory. Une passion immense pour le cyclisme et le sport qui, à 70 ans, lui donne la possibilité d’enfourcher la petite reine quotidiennement. Un modèle de vie et d’homme. Si vous voulez découvrir Ténérife sur deux roues, c’est l’homme qu’il vous faut !
Nous avons énormément rigolé, surtout avec ce joyeux luron de François qui est un boute-en-train hors pair. Une semaine à 35 heures d’entraînement qui m’a semblé être trop courte avec le recul. Borner, manger, rigoler : une vie simple, mais ô combien épanouissante !

Sportivement, les compétitions suivantes ont été difficiles. La faute à une anémie naissante qui a gâché mon début de saison. Finalement, ce n’est pas si grave. J’ai pu courir, rouler, rire avec les copains et copines de l’équipe de France. Certains et certaines ont réussi leurs championnats du monde et nous ont offert du bonheur par procuration. Que dire de ce mythique contrôle inopiné au fin fond du Cantal dans une ferme isolée à la lueur de la frontale ? C’est tout de même le genre de moments cocasses que tout le monde ne peut pas vivre. Sans même parler du reste de la soirée où nous avons su apprécier l’accueil des cantalous.

Au retour des championnats du monde, j’ai eu la chance de vivre une belle aventure humaine. En compagnie de Sébastien, de son papa et de ses deux sœurs, nous avons découvert l’Ecosse. Au programme, le Celtman pour Seb. Un peu plus de 12 heures d’effort au cœur de paysages d’une rare beauté sauvage, balayés par le vent et la pluie.
Cette course fut un peu le résumé d’une vie condensé en quelques heures. La difficulté de Seb, voire sa détresse, lors de la natation dont mon ami sort en hypothermie. L’inquiétude dans le regard de ses proches puis une belle résurrection au fil des kilomètres en vélo. Pendant ce temps-là, nous avons beaucoup rigolé dans la voiture d’assistance avant que je partage la partie trail avec notre champion à nous. Voir mon ami se dépasser pour finir au sprint, et surtout lire la grande fierté dans le regard de ses petites sœurs ou de son papa sur la ligne d’arrivée… Souvent, on se demande ce qui pousse à se mettre dans un tel état physique. Il n’existe pas une seule et unique réponse. Malgré tout, les quelques minutes suivant le passage de la ligne sont d’une telle intensité émotionnelle qu’elles méritent ces heures d’inconfort. Lire ces sentiments dans le regard de ses proches, c’est une belle récompense pour toutes ces heures de préparation. C’était juste simple et beau.

Après une longue et dure journée sur les pentes de Val d’Isère, j’ai décidé de couper trois semaines. J’aurais sans doute dû le faire plus tôt. Malgré tout, je ne regrette rien. Ne serait-ce que pour ces trois jours au cœur du Beaufortain avec Ugo et Aubin sous l’objectif de la caméra de François Lesca. Deux journées à 4000 m de D+ à admirer et arpenter ce merveilleux terrain de jeu avant une dernière session où la pluie a pimenté les deux dernières séances. Un chrono max de 35′ dans le col des Saisies n’est que plus savoureux sous des trombes d’eau ! On se sent vivant et passionné et on n’a qu’une seule vie…

Après une coupure en juillet, je suis reparti avec une motivation de cadet. L’envie de retrouver des bonnes sensations tout en profitant des copains pour se préparer. C’est en Dordogne que j’ai remis le bleu de chauffe. Au camping La Bouquerie, on a érigé les animations au centre des activités. Le sport en faisait partie et j’ai ainsi pu échanger et parler de ma passion avec d’autres pratiquants. Certains étaient des sportifs aguerris et Cédric m’a bien aidé à boucler quelques séances de VAM. Toutefois, on notera surtout l’hypoglycémie sidérale de Sébastien Lange lors d’une sortie vélo ! Quasiment aussi belle que celle que j’avais vécu une après-midi d’avril sur les pentes du col des Cyclotouristes ! Chacun son tour… pour qu’on puisse se chambrer gentiment. Vivement l’été 2018 !
J’en profite au passage pour remercier La Bouquerie pour son soutien.

Après ce séjour en terre périgourdine, il ne s’écoule que quelques jours avant de retrouver les copains auvergnats pour un beau stage sur les pentes du massif du Sancy. Au programme, cinq jours mixant vélo et trail avec, en guise de colocataires, les jeunes Aubin et Simon. Autant le dire tout de suite, nous n’avons pas vraiment fait dans la dentelle. Il y a longtemps que je n’avais pas autant subi à l’entraînement. C’est toujours salvateur et le futur l’a montré. Même si ce fut dur, j’ai profondément aimé cette belle ambiance de partage. Imaginez 20 coureurs sur les pentes du Puy de la Tache à enchaîner les montées/descentes dans une jolie réunion de diverses générations ! Le parfait exemple avec la famille Bringer où trois générations ont arpenté en même temps ce beau sentier. N’est-ce pas la plus belle illustration de la magie du sport ?… Tout s’est terminé par un savoureux repas, quelques bières et des beaux souvenirs.
Merci les copains, j’ai puisé ces jours-là la force d’aller chercher un beau titre sur les bords du lac de Gérardmer ! Tu peux être fier, Patrick, d’avoir su construire un tel groupe au sein duquel l’épanouissement est si grand !

La fin de ma préparation pour les championnats de France s’est conclue sur les pentes des Ecrins au cours d’une rando-course avec l’ami Stéphane Ricard. Sur le plan personnel, c’était une période difficile et ces belles journées partagées entre les bornes, les bon repas et quelques verres de vin ont sans doute contribué à me rendre plus serein. A prendre conscience que le résultat sportif n’est que le fruit de ce plaisir quotidien. Bien entendu, c’est gratifiant et valorisant de gagner, mais c’est sans doute lorsqu’on accepte de dépasser cette vision que la pratique sportive prend un autre sens. Le jour où l’on comprend que peu importe le résultat, nous sommes heureux de tout le chemin mis en place pour être sur la ligne. Je pense que ces belles journées de partage peuvent nous apporter des ancrages mentaux pour les moments difficiles dans l’inconfort des compétitions.

Parfois, nous pouvons vivre le partage, le goût de la compétition au cours de la même journée. Ce fut le cas lors du Royat Urban Trail. Une course bonus pour clore ma saison. Une magnifique joute sportive avec Yoan Meudec. Un combat entre nous suivi par les copains. Aucun cadeau et pourtant aucune rivalité malsaine. On a passé la ligne d’arrivée à quelques mètres l’un de l’autre et la place importait peu à notre bonheur. Yoan m’a fait confiance quand je n’étais qu’un athlète en devenir. Il fait partie de ceux qui m’ont permis de construire ma carrière sportive. Merci, Yo, pour tous les beaux moments partagés depuis toutes ces années !

Pour clore cette année sportive, je n’ai pas mis un dernier dossard. J’aurais pu le faire, mais j’ai choisi de partir à La Réunion avec Sébastien. Au menu, un triathlon pour lui et pour ma part, des vacances actives. J’ai eu la chance de découvrir Mafate en compagnie de Nathalie. 5 heures sur ces chemins usants où il a fallu s’arrêter dans une petite épicerie avant de remonter le Maïdo. Oui, j’étais parti avec juste de l’eau, croyant faire 2 heures de sortie ! C’est bête, mais ça fait des souvenirs…
J’ai rencontré l’ambassadeur Hoka sur l’île, Lionel Marc. Une personne d’une rare gentillesse qui m’a emmené au Petit Bénare et sur des sentiers plus proches de la mer. Merci à toi et à ta compagne Natacha pour votre accueil. Lionel m’a même prêté son magnifique vélo, mais j’étais trop petit pour l’exploiter sereinement.

Sébastien, lui, était venu pour une compétition. Il a vaincu une nouvelle fois le Volcanik Tri en s’offrant un beau podium scratch. Une vingtaine de minutes plus rapide qu’en 2016 et le signe que nous sommes sur la bonne voie ! Après l’avoir suivi en voiture sur la partie vélo, j’ai pu le suivre quelques instants sur la partie trail en m’amusant à suivre la tête de course pour ne pas avantager un coureur plutôt qu’un autre. Il aura fait preuve d’un beau « fighting spirit » dans le final malgré une fatigue marquée à cause de la chaleur. Voir les autres se dépasser, c’est tout aussi émouvant que son propre dépassement.
Après cette belle débauche d’énergie, on aurait pu se contenter de faire bronzette sur la plage. Sauf qu’on aime le sport plus que le farniente ! Alors on a gravi le Piton des Neiges avant de s’offrir notre plus beau cadeau des vacances avec le tour l’île.
Une idée venue lorsqu’un soir je le trace sur Openrunner et le partage avec Seb. Le garçon est tellement un homme de challenge qu’on ne pouvait plus que mettre des actes sur nos paroles.
Nous sommes donc partis à 6 heures du matin avec deux bidons, quelques victuailles et quelques euros pour nous ravitailler. 8h15 de selle, des paysages à couper le souffle, des traversées de centre-ville moins bucoliques. Nous voulions éviter à tout prix la quatre voies. Pari réussi en bouclant notre tour par la route de la Montagne. Une longue ascension dont on a bien cru que la fin ne viendrait jamais ! 240 kilomètres de partage et un final à plus de 40 km/h sur le bord de mer. Peut-être que Seb s’imaginait à Kona… Pour ma part, je sais que ces instants serviront à un moment ou à un autre le 12 mai 2018.

Une année va bientôt se terminer. Elle a apporté son lot de résultats, mais elle m’a surtout donné une assurance. Un jour, je vais tourner la page de la compétition, mais j’ai la conviction que je continuerai à vivre le sport avec la même passion. Le sport, formidable vecteur d’émotions. Transmettre cette idée me paraît de plus en plus important sans occulter pour autant le sérieux nécessaire quand on se fixe des objectifs.
 Merci les amis, les copains ! Que vous ayez partagé quelques minutes ou de longues heures en ma compagnie, vous avez contribué à cet épanouissement quotidien.

A l’année prochaine pour de nouvelles aventures !

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