Grand Trail des Templiers : le rêve inachevé

10 ans déjà. Une décennie que j’ai découvert les Causses et ce fameux Festival des Templiers. A cette époque, la course se tenait à Nant. Le Grand Trail des Templiers était encore la course référence du trail français. A 21 ans, j’avais pris part à la Puma Trail (Vo2 Trail aujourd’hui). Je me souviens d’un final difficile avec des crampes. J’étais sans doute parti trop vite aux côtés d’un certain Julien Rancon… Le lendemain, la musique d’Era et les fumigènes avaient libéré les coureurs. Thomas Lorblanchet remportait sa première couronne et je rencontrais Patrick Bringer pour la première fois au détour d’un ravitaillement à Cantobre. Il disait : « Thomas a fait une séance de train à 17 km/h durant une heure ». J’avais halluciné en entendant ça ! J’avais pris la route en compagnie de Thomas Véricel et j’étais revenu avec l’envie de participer un jour à cette grande fête.

Il a fallu attendre 2010 pour je revienne dans l’Aveyron. Le Festival migrait alors à Millau. Nous avions effectué une belle reconnaissance avec le groupe 2EP. Il y avait un petit niveau avec le futur vainqueur et son dauphin. Je me souviens comme si c’était hier de ce week-end, de la séance de côtes finie avec une descente à FCM jusqu’au jardinage sur le Causse après Longuiers en passant par la recherche de la montre de Patrick…  J’avais terminé ma course sur un rocher et un abandon à Massebiau après 10 km à traîner la patte.

L’année suivante, j’étais revenu pour boucler cet impitoyable parcours. Trop généreux en descendant sur la Roque pour pointer brièvement à la 5ème place (pendant 5 minutes environ…), j’avais terminé 8ème après avoir vu passer un supersonique François d’Haene dans la montée du Monna puis Ludo Pommeret à 1,5 km de la ligne.

Le virus était bien présent. Je suis toujours revenu ici, comme si je m’adonnais à une forme de rituel. En reconnaissance poussée en 2012 et 2015, j’ai pu apprécier la quiétude de ces lieux. J’aime profondément ces sentiers, cette atmosphère si particulière de l’automne. Les Causses s’endorment progressivement, salués par le bruit des spectateurs et les pas des coureurs. L’an dernier, j’avais dû faire l’impasse à cause des championnats du monde et c’était l’espagnol Heras qui avait triomphé. J’avais suivi la course avec un pincement au cœur en contemplant cette fête de loin.

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Dès le début de cette saison 2017, j’ai coché cette course dans mon calendrier. Mais mon début d’année compliqué m’a conduit à redéfinir mes objectifs. Les Templiers ont été ma motivation principale sur le plan compétitif. J’ai réussi aux championnats de France, au marathon Pirineu et je suis arrivé à Millau avec une envie énorme. Sans aucune pression, juste un peu de peur en connaissant le parcours. On sait qu’il y aura au moins 2h à courir dans un grand inconfort physique. Il vaut mieux savoir ce que l’on est venu chercher sinon le découragement pointe son nez à chaque virage. Et les virages sont nombreux entre Pierrefiche et Massebiau !… Je rêve de gagner cette course, mais il faut avant tout prendre du plaisir sur le chemin qui peut conduire à ce rêve. Faire une course pleine sans trou d’air, telle est ma motivation.

Dimanche matin, le réveil sonne mais ne me réveille pas. J’ai les yeux ouverts depuis 5 minutes déjà. Tout est prêt ou presque, j’ai donc le temps de déjeuner tranquillement en compagnie des copains. A 5h10, je commence à trottiner avec Stéphane Ricard. Il a décidé sur un coup de tête de migrer du marathon des Causses au Grand trail des Templiers, seulement 15 jours avant le départ. Aucune sortie spécifique, il ne sait pas ce qui l’attend et c’est peut être mieux ainsi. Quelques gammes, des lignes droites, et il est temps de prendre place sur la ligne de départ.

Gilles nous fait son traditionnel discours, il rend hommage à Matthieu Craff parti trop tôt sur les pentes du Mont Blanc. L’émotion grimpe encore d’un cran au son d’Era. Je me concentre et nous nous élançons pour un peu moins de 7h de course. Les premiers kilomètres sont calmes. Courbe à droite et les premiers mètres de dénivelé positif se présentent. L’allure ne bouge presque pas et c’est plus tonique pour le coup. Je me retrouve 20ème et patiente jusqu’au village de Carbassas. Je me replace puis prend vite la tête de course quand la pente se durcit. Je monte au petit trot, sans forcer, en n’écoutant que mes sensations. Le peloton s’étire, je ne me retourne jamais mais la luminosité des frontales se fait moins forte. Au sommet, nous ne sommes que 2 coureurs. Sébastien Spehler vient à ma hauteur. Je plaisante en lui disant : « On tente l’échappée ? » Seb me répond : « Tant qu’on est facile ! » C’est un beau moment, puis André Jonsson revient et attaque le plateau sur un solide tempo. Quelques coureurs reviennent. Nous devons être une dizaine avec Sylvain Court, Marc Lauenstein, Henri Ansio, Rachid El Morabity, Manu Gault, Romain Maillard et Jessed Hernandez. Je navigue à la traîne du groupe. Je trouve que c’est un peu rapide mais je ne veux pas traverser le Causse tout seul. Derrière, il n’y a aucune frontale alors j’amortis les changements de rythme en papotant un peu avec Romain. La première descente approche et je me positionne à l’avant du groupe. Je m’élance dans la descente en 3ème position derrière Henri et Sylvain avant de voir André nous mettre un taquet pour passer devant. Je ne suis pas super à l’aise et Marc me dépasse aussi à l’approche de Peyreleau. Je me cale dans sa foulée et nous revenons sur la tête.

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Ravito express. Le jour peine à se lever donc je garde la frontale. Thibaut Poupard me change le sac et la course va débuter pour de vrai. Seconde ascension du Causse, nos amis nordiques grimpent à un rythme tranquille donc je prends la tête. Sans trop forcer. La course se lance. Au sommet, nous ne sommes plus que 4 avec Sylvain, Romain et Seb. Mode championnat de France activé, il n’y a plus que Marc 50 m derrière. Seb relance et s’envole. Il est très rapide (trop ?). A cet instant, je le crois et reste avec Romain et Sylvain. J’aime bien cette partie de la course avant de rejoindre Saint André, c’est sauvage et joueur.

Au deuxième ravitaillement, nous avons 1 minute de retard et nous croisons Seb à la sortie du ravitaillement. Je suis le plus prompt pour changer de sac et je repars sur un bon tempo en direction de Montméjean. Sylvain me dépasse et Romain reste quelques mètres derrière moi. Nous traversons le château de Montméjean avant de remonter sur Roquesaltes. Je double Sylvain et aperçois Seb à 1’30. Je garde toujours un rythme régulier. Le passage sous l’arche de Roquesaltes est toujours un moment sympa. On m’annonce 1’45 de retard sur Sébastien. Je décide de hausser le tempo dans la descente mais malheureusement, je me tords la cheville au bout de 2 minutes. La douleur est vive. Je ralentis sans m’arrêter. Surtout, je commence à perdre toute confiance en descente. Pourtant, je me sens bien et je prends quelques longueurs à Romain et Sylvain.

A la Roque, nous sommes un groupe de 4 puisque Marc est revenu. Je remplis ma flasque et je pars à l’assaut de Pierrefiche. Je cours quasiment toute la montée et me retrouve seul en chasse de Seb. Je pense avoir limité l’écart mais Seb a encore pris 2’40 au ravito et compte désormais 4’16 d’avance. Mon copain millavois, Lolo, donne de la voix, Thibaut gère le ravito et je repars le plus rapidement possible. La seule chance de retour est de tout donner jusqu’à Massebiau. Les jambes commencent à accuser le coup, mais c’est le cas de tout le monde. Je passe en mode guerrier en essayant d’accepter cette douleur physique. Je progresse à un bon rythme jusqu’au Pompidou. Ma cheville est devenue peu stable, je descends avec beaucoup d’appréhension dans cette partie technique. Je sais très bien qu’au mieux, je ne perds pas de terrain sur Seb mais c’est dur d’en gratter.

En effet, à Grandchamp, on m’annonce un retard de 6 minutes. Il y a quelques kilomètres roulants avant de descendre sur Massebiau. Les sensations restent bonnes même si la fatigue commence à faire son œuvre. Sur les parties roulantes, je suis à l’aise mais, musculairement, je suis trop marqué par les descentes pour espérer un final supersonique. Il le faudrait pourtant pour avoir une once de chance pour la victoire…

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Finalement, je fais jeu égal avec Seb sur cette partie et le point d’eau de Massebiau offre quelques secondes de répit. Je souffle puis tente de tout donner dans la montée du Cade. La tête en a envie mais les jambes nettement moins ! Je traîne ma peine jusqu’à la ferme du Cade. Je n’arrive à trottiner que sur les portions peu pentues. Je connais trop bien cette course pour espérer un hypothétique retour. En effet, j’ai gagné 20 secondes dans la montée. Seb a encore plus de 5’30 d’avance. La course est pliée.

Dernier moment avec mon assistance (merci, Thibaut !). Chez Hoka, les employés sont multicartes ! Vainqueur de la Midnight, second au sprint de la Vo2, ingénieur produit et assistant : la classe…
Je repars vite du Cade pour conserver cette 2ème place qui peut être menacée par un retour de Marc ou d’Alex Nichols. Les quadriceps crient, ne veulent plus voir un mètre de dénivelé négatif en traversant le pierrier qui conduit sous la Pouncho. C’est un enfer. Sylvain Cachard est au bord du sentier. Il m’encourage et me suit quelques mètres en me disant : « J’apprends auprès de la tête de course ». C’est un moment que j’apprécie à sa juste valeur. Sylvain, futur crack, est venu nous voir pour apprendre, il me permet aussi d’oublier un peu la douleur en papotant quelques instants. Il me laisse au pied de la descente. Bizarrement, je relance très bien sur la partie en balcon.
Dernier effort lorsque le sentier tourne à droite pour rejoindre la Pouncho. Je croise un coureur qui m’annonce Seb à 2 minutes. Il a craqué ou quoi ?… Je le lui demande et il me répète : « Il est juste devant. » Moment d’euphorie… l’impensable est-il en cours ? La joie dure environ 1’30 jusqu’à ce qu’un bénévole m’annonce 5’45 de retard. L’euphorie s’estompe et je traîne ma peine jusqu’à l’antenne. Moment magique avec ces quelques secondes à réfléchir sur comment passer cette marche de 1 m en étant cuit. Je suggère une caméra sur ce lieu, on pourrait rigoler ! Les spectateurs sont présents malgré le vent et me donnent un peu de courage pour en finir avec la montée. Je relance doucement au sommet avant de m’élancer avec prudence dans la descente. Ma position est acquise, je gère la dégringolée. Ultime effort pour franchir la grotte du Hibou, puis il ne reste plus qu’à apprécier les 2 derniers kilomètres. L’émotion ne m’envahit pas vraiment à l’approche de la ligne. Je tape dans les mains des spectateurs. Je franchis la ligne et félicite Sébastien pour son show.

Je suis un peu déçu à chaud puis je réalise que ma performance est bonne. Sébastien était juste trop fort, c’est le sport. Personne n’a jamais couru à ce niveau sur les Templiers dans l’histoire de la course. Il mérite sans aucune contestation possible sa victoire. Les arrivées se succèdent avec Alex, de nouveau 3ème comme en 2014, puis suivent, dans l’ordre, Marc, Henri Ansio, Nicolas Miquel, Romain Maillard, Stian Angermund, Fabrice Couchaud et Aurélien Dunand Pallaz. Toutefois, outre la performance de Seb, c’est du côté féminin qu’il faut chercher la performance du jour. Ruth Croft se paye le luxe de prendre la 15ème place au scratch à moins de 50′ de la gagne. C’est certainement l’une des meilleures prestations sportives de l’histoire du trail féminin ! Ida Nilsson est 18ème et Emelie Forsberg est 21ème. Merci les filles d’avoir mis les Templiers sur le devant de la scène sportive internationale !

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Avec 2 jours de recul, je suis finalement satisfait. Je ne pouvais pas gagner cette course cette année, mais j’ai vécu de beaux moments avec les copains. Mon ami Stéphane Ricard a bouclé sa journée en 38ème position et il a pris goût à cette aventure. Il reviendra avec la préparation adéquate pour accrocher ce top 10 tant convoité. J’ai eu une super colocatrice, Nathalie, qui a profité de la fête sur la Monna Lisa.

Merci à tous ceux qui nous ont porté par leurs encouragements sur le bord du chemin. Nous avons une grande chance de vivre ces moments !
Merci à mes partenaires, mes amis et ma famille.
Désolé, Kinou, on la voulait cette course, j’étais prêt, mais le rêve continue… Je suis un sacré Poulidor, je vais faire un groupe de soutien avec Julian Alaphilippe !
Les signes peuvent parfois servir de moteur. La dernière fois qu’un coureur a été champion de France puis 2ème aux Templiers, le championnat du monde suivant s’est bien terminé !

 

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