Champion de France : enfin !

2013. Premiers championnats de France à Gap. C’est un jeune athlète de 25 ans qui triomphe après une course parfaitement maîtrisée. Sébastien Spehler se révèle dans le milieu du trail. Je subis toute la course pour grappiller les places jusqu’à intégrer le top 5.

2014. C’est la Drôme Provençale qui a l’honneur d’accueillir les championnats de France. Sur un parcours exigeant écrasé par la chaleur dans les derniers kilomètres, Sylvain Court s’offre son premier titre. Il s’impose au terme d’une belle bataille avec Sébastien Spehler, victime d’un coup de chaud dans les derniers kilomètres. Revenu à seulement 30 » de Sylvain au sommet de la dernière bosse, je perds 3′ dans la dégringolade finale et termine 2ème. Le bonheur est au rendez-vous, renforcé par l’immense doute qui m’habitait avant la course, la faute à une entorse à 10 jours de l’épreuve. Je repars de Buis-les-Baronnies avec des magnifiques souvenirs.

2015. C’est  Patrick Bringer qui triomphe sur les sentiers du Sancy après une rude bataille avec Benoit Cori, Sylvain Court et Tony Moulai. Pour sa dernière, le coach montre la voie à suivre. On se souviendra longtemps du fameux « Calbak ».

2016. Le massif du Mercantour est à l’honneur. Le parcours est superbe, mais un souci d’orientation fausse complètement la donne. Sylvain Court s’impose pour une deuxième fois sur les championnats de France et je suis une nouvelle fois son dauphin. La déception est réelle. Je la digère, puis retourne au charbon.

2017. Les 5èmes championnats de France de trail ont lieu dans les Vosges, dans la belle ville de Gérardmer. La route est longue depuis la capitale de la Savoie pour atteindre les terres natales de l’ami Yann Curien. Je fais la route avec Aubin Ferrari et son papa. Nous traversons le Jura. Autant dire que le pique-nique est frais ! Nous arrivons en fin d’après-midi. Le temps d’enfiler mes baskets et c’est parti pour un tour du lac. Quelques accélérations pour délier les jambes et il est temps d’aller chercher le dossard et d’assister à la présentation des athlètes « élites ». Nous retournons dans le gîte loué par le club pour passer une belle soirée entre copains. On discute, on parle peu de trail. Je suis détendu, comme déconnecté de la course du lendemain.

La nuit se passe bien, tellement bien que je me réveille en sursaut à 5h10. Le temps de prendre un petit déjeuner autour de la Prép’activ d’Endur’activ, un œuf, une banane ainsi qu’un thé, il est déjà l’heure de partir à l’échauffement. Quelques minutes de footing, des gammes puis des lignes droites en compagnie des copains du club : c’est suffisant vu le parcours à venir ! Je rejoins la ligne de départ et salue tous les copains. Il y a du beau monde, on va passer une belle journée sur les sentiers vosgiens.

7h00. Nous partons dans les rues de Gérardmer. Le rythme est cool. Un coureur tente une échappée au km 0. Il faut bien reconnaître que ça nous fait un peu sourire dans le peloton. Nous arrivons rapidement au pied des pistes de ski. Ici, les organisateurs sont accueillants. Nous montons droit dans le pentu ! Le peloton s’étire et sans trop le vouloir, je me retrouve seul en tête avec quelques mètres d’avance sur Sylvain Court. C’est un peu tôt pour partir à l’abordage. Nous rentrons vite dans le rang et c’est parti pour 10 kilomètres à un train de sénateur. J’avoue que j’avais rarement vu une telle observation sur une course de cette densité. Personne ne veut prendre la course en main. Forcément, dans une descente, ça démange les as du dénivelé négatif. La course se lance pour de bon à l’approche du premier ravito que je passe rapidement, assisté par Mathieu Jacquet. Je repars en 8ème position. Je gère mon effort car la route est encore longue et j’ai un plan de course en tête.

Je me retrouve rapidement en compagnie de Julien Sapy et Clément Molliet à 40 » de la tête de course. Nous atteignons le sommet du Rainkopf et basculons dans une longue portion descendante pour rejoindre le R2. Sans trop chercher à revenir sur la tête, nous effectuons la jonction dans une partie technique. Je plaisante avec Clément en lui disant : « On dirait la Grande Journée ! »

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En 2h35, nous sommes en terre alsacienne à Mittlach. C’est le point le plus bas de la course et surtout, c’est le pied du Hohneck. Voilà notre plat principal ! Il tombe à point nommé, je commence à avoir envie de tester un peu les adversaires. Je prends la tête puis hausse l’allure. Sébastien Spehler et Tony Moulai restent avec moi. Je fais le forcing et je me retrouve seul en sortant de la forêt. Je me retourne et j’aperçois Adrien Michaud à quelques dizaines de secondes. En atteignant le col de Wormspel, les spectateurs sont nombreux et donnent de la voix. Désormais, j’ai fait le choix de m’isoler et il va falloir tenir 25 km jusqu’à l’arrivée. Je garde un fort tempo dans le début de la descente. Elle est très roulante avec de beaux points de vue. Je prends le temps de lever la tête.

Après quelques minutes, j’arrive au troisième ravitaillement. C’est autour de Julie Curien de me donner mes réserves de boisson et vivres. Je m’arrête juste quelques secondes et repars à l’assaut des innombrables vallées vosgiennes. Je trouve que la pente n’est pas trop prononcée, mais en contrepartie, ce parcours est très rarement plat ! J’ai l’impression qu’il reste 50 vallées à franchir jusqu’à la ligne… Nous traversons une route qui marque la fin de la descente du Hohneck. La pente est plus brutale et je commence à avoir la canne un peu lourde. Je ne cherche pas à faire l’écart à tout prix mais Adrien tient un tempo sensiblement égal au mien. Après quelques hectomètres roulants, nous arrivons sur une longue portion en balcon. C’est le méga chantier, il y a de la boue, des racines, des pierres, c’est usant physiquement tout en demandant une concentration de tous les instants. Je ne suis pas mécontent de retrouver une belle piste forestière à l’approche du lac de Lispach. Je croise Fred Bousseau qui me dit qu’Adrien est juste quelques dizaines de mètres derrière. Ca ne me fait ni chaud ni froid. En fait, je ne suis pas très rassuré car la marge de manœuvre est nulle et aucune défaillance n’est permise. D’ailleurs, après une belle bosse suivie d’une descente raide et glissante sur le lac de Longermer, je perds mes quelques secondes d’avance en oubliant ma flasque lors de mon ravitaillement. J’avais 15 » d’avance et désormais, j’ai 3 mètres. J’avale un peu d’énergie pour grimper ce qui ressemble plus à un mur qu’à un sentier. Autant le dire, je ne me pose aucune question sur le moyen de progression le plus rapide. Je marche, c’est bien la seule chose dont je suis capable. Je reprends quelques mètres d’avance dans la partie la plus raide. Après 150 m de D+, le sentier devient une piste et la pente permet de courir à nouveau. Je relance du mieux possible mais les crampes ne sont pas loin. Je reste calme et serein, je suis en tête, ça suffit, ce n’est pas la peine de prendre le risque de se retrouver arrêté au milieu du sentier.

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Je reçois les encouragements de la famille Bohard. Patrick me décrit les prochains kilomètres de manière brève. Il reste une petite descente, une zone roulante puis la dernière montée. Nous passons, de nouveau, à proximité du lac de Lispach. Fred est encore là, ainsi que Fabien Demure. Fabien est très gentil et me donne les écarts au dernier ravito. 3′ sur Sébastien Spehler, 9 sur Toni et 10 sur Romain Maillard. Adrien, lui, est toujours 30-40 » derrière. Je l’aperçois toujours dans ce rôle du chasseur qu’il occupe depuis 20 km. Je voudrais bien me détacher mais les jambes ne veulent pas, alors je continue à progresser du mieux possible. J’arrive enfin au pied de l’ultime longue ascension du jour (enfin 200 m de D+, ce n’est pas non plus l’Everest !). C’est peu raide et je sais que ce sont des zones dangereuses où un homme frais peut combler quelques dizaines de secondes. Je ne réussis pas à courir intégralement alors je marche 10 mètres puis relance, et ainsi de suite. Enfin, j’atteins le sommet et je m’attends à une belle dégringolade sur Gérardmer.

Sauf que la réalité du terrain est tout autre. Il faut s’employer pour avancer vite mais le terrain est plutôt joueur. Mine de rien, les kilomètres défilent et me voilà à 3 km de la ligne. Dans les Vosges, on sait recevoir alors en guise de digestif, on a le droit à un talus de 30 m de D+ puis un autre de 60 m de D+ ! Le genre de choses qui a vite fait de te faire rouler sous la table si le reste du repas a été trop arrosé ! Je la joue en mode « Personne en visu, je vais marcher, ça limitera les risques de crampes ». Dans ce dernier talus, il y a quelques spectateurs qui font du bien au moral. Arrivé au sommet de la colline, je les entends affirmer que c’est gagné puisqu’il n’y a personne à au moins 3′.

Je relance quelques mètres puis tourne à droite sur une petite route qui me conduit sur les derniers mètres. Je commence, déjà, à être envahi par l’émotion. Il reste 500 m… C’est fait ! Je vais devenir champion de France ! Je tape dans les mains du public puis franchis la ligne. Les larmes de joie ne sont pas très loin. Dès que je parle, on sent bien quelques sanglots.

21691279_10211357317503567_319734054_nLa joie est plutôt intérieure. De manière inconsciente, j’ai certainement une part de retenue car ce bonheur est avant tout lié aux milliers d’heures passées à courir ou rouler. Une victoire construite dans le doute d’une année 2017 qui était, jusqu’à ce samedi 16 septembre, plutôt laborieuse. Peut-être aussi construite sur les pentes italiennes des mondiaux, quand les crampes m’avaient laissé le goût amer d’une contreperformance majeure et jamais connue dans ma carrière. Quand j’ai rechaussé les baskets le samedi 29 juillet, jour de mes 31 ans, je partais de loin pour être compétitif mi-septembre. J’ai connu des jours difficiles, mais souvent partagés avec les copains de la Bouquerie (Sébastien, Cédric…), du groupe 2EP, ou encore Stéphane Ricard. Une belle semaine dans le Sancy où Simon, Aubin, Guillaume, Vincent, Ben, Yoan et tous les autres m’ont poussé à me faire violence. Un gros merci à Simon qui en se plantant de route dans la montée du col de la Croix Saint Robert a ajouté du rab à cette belle sortie vélo. Bref, merci les amis, cette victoire, c’est aussi un peu voire beaucoup la vôtre ! Sans oublier mes partenaires sans qui cette vie ne serait pas possible.

Evidemment, un grand merci à Patrick qui aura su trouver les clefs pour me remettre sur le droit chemin. Qui a su aussi initier un plan de marche parfait. C’est rare pour être souligné mais samedi, c’est presque comme si j’avais eu une oreillette. J’ai fait l’effort à l’endroit que j’avais repéré sur le profil. 7 ans et demi de collaboration, je peux dire que ça fait quelques litres de sueur, de calories cramées, de doutes et aussi des joies immenses. Bref, le sport comme vecteur d’émotions.

Merci aussi à ma famille, au sens large du terme, qui a eu des mots justes avant la course pour que je sois serein et détendu.

Merci à mes ravitailleurs de choc, Mathieu, Philippe et Julie. Je sais que je ne suis guère loquace sur les ravitos, mais vous savez que votre rôle est capital.

Enfin, le dernier remerciement à Cucu car les titres chez 2EP ont toujours une histoire. Sur le parcours, il m’a sorti : « Cette côte, je l’ai grimpée souvent avec des bières dans le dos pour aller les boire dans le chalet ». Du Cucu, pas de prise de tête, juste le « fighting spririt » qui va bien. Il aura eu droit à son podium chez les masters pour cette course sur ses terres natales.

Un peu de repos pour récupérer puis j’irai, dès le 23 septembre, arpenter les Pyrénées catalanes avant de préparer avec minutie et envie une « petite course » du côté de Millau. Ca se nomme le Grand Trail des Templiers. Il paraît qu’il y aura tous les copains des France, d’autres français aussi, et puis un certain Luis Alberto Hernando. De quoi vivre, encore, de belles tranches de vie !

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© Photos : Trails Endurance.

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