Déceptions, partage et plaisir

Le mois de juin aura été riche en souvenirs et en découvertes. Le plaisir aura été souvent au rendez-vous… à l’exception d’une journée.

A l’approche des championnats du monde, j’ai fait le choix de disputer le championnat de France de course en montagne. C’est une petite prise de risque mais j’aime particulièrement cette compétition. Un format dense, rapide et surtout un vrai plaisir de retrouver les copains du club. Cette année, nous avons rendez-vous sur les pentes du Grand Colombier. Un championnat disputé exclusivement en montée qui présente 12 km et 1300 m de dénivelée positive.

Dès le départ, le rythme est soutenu. Je me place au environ de la 20ème position, puis je fournis un premier effort pour ne pas trop laisser partir la tête de course. Ce sont encore les « anciens » – Meyssat, Zago et Rancon – qui mènent la danse. Je suis environ 20 m derrière lorsque nous quittons la route pour prendre un chemin forestier. Julien lâche quelques mètres et je me rapproche. Rapidement, le parcours quitte le chemin pour un sentier raide et boueux. Le choix de chaussures n’est pas le bon et je dois réduire l’allure.
Fabien Demure me rejoint puis me dépasse. L’allure est très rapide mais je m’accroche. Julien est toujours en vue et bientôt, nous formons un trio. Trois coureurs… mais une seule place sur le podium ! Je trouve un second souffle et mène le groupe quelques hectomètres. Malheureusement, je cède à 4 kilomètres du sommet à la faveur d’une relance sur le plat. J’accuse le coup et, malgré un léger retour dans le final, je me classe en 5ème position.

Forcément un peu déçu de rater le podium pour la seconde année consécutive, j’ai le sentiment que la forme est là. Par équipe, nous classons trois coureurs dans le top 8 (Julien Rancon 3ème et Mathieu Jacquet 8ème) mais nous perdons notre titre par équipe. Je suis convié au contrôle antidopage une nouvelle fois cette année, ce qui reste une bonne nouvelle pour notre sport. Je repars de Culoz avec le sentiment que les jambes devraient répondre sept jours plus tard en Italie.

nico-france
Portion sommitale de la montée au Grand Colombier. © Ski&Run / JL Bal

Un calvaire italien

Depuis 2013, j’ai eu la chance de vivre tous les championnats du monde de trail. Revêtir le maillot bleu est un honneur. C’était un rêve de gosse, c’est devenu une réalité. Les moments vécus restent exceptionnels. Pour une raison assez simple : c’est un privilège qui ne s’achète pas. On le mérite, ce maillot pour représenter son pays, mais aussi et surtout pour incarner son sport !

En cette année 2017, il règne une excellente ambiance dans le groupe. Nous avons connu un stage préparatoire qui restera longtemps dans nos mémoires. Autant pour le côté sportif que le côté humain, les quelques jours passés tous ensemble ont été d’excellents moments. On se souviendra tous de cette soirée partagée entre repas, chansons et contrôle dopage inopiné. Un cocktail détonnant qui aura renforcé notre cohésion !

20170618_225630

C’est donc avec l’envie de bien faire que nous décollons de Lyon Saint Exupéry le mercredi après midi. Quelques heures plus tard et quelques virages aussi, nous arrivons à Badia Prataglia. Charmant village niché à 800 m d’altitude au cœur d’un parc national.
Le paysage est essentiellement forestier mais je comprends, rapidement, que ça risque d’être un parcours exigeant. Les jours précédant la course s’écoulent vite et, après une belle cérémonie d’ouverture à Poppi, il est temps de se reposer.

Samedi matin, c’est le grand jour ! Avec un départ à 8h00, le réveil reste raisonnable et nous nous préparons sereinement. Ce sera le seul moment tranquille de la journée…

Les sensations à l’échauffement sont très bonnes. Je me sens bien et prêt pour la bataille. Je rentre assez tôt dans le sas de départ. J’attends patiemment le coup de feu qui va nous libérer. Le starter retentit et nous partons à l’assaut du village. L’allure est complètement débile et je temporise un peu avant de remonter progressivement. Au kilomètre 3, je suis dans les 10 premiers coureurs et les jambes sont toujours excellentes. A ce moment-là, je suis plutôt confiant et pense vivre une belle journée. Je sais que ce sera dur, mais je suis prêt à vivre ces phases difficiles.

Les kilomètres défilent rapidement, trop vite certainement, mais j’essaye de rester à l’écoute de mes sensations. Je passe en 9ème position au premier point d’eau puis dépasse quelques concurrents. Nous sommes un petit groupe de 4 coureurs pour entamer la première descente. C’est assez exigeant musculairement avec une bonne pente et un sol assez scabreux avec des pavés. Il n’est pas facile de trouver le bon rythme. Si on se retient trop, il y a une forte contrainte excentrique et idem à haute vitesse. La descente prend fin et nous évoluons sur une belle piste forestière. Cody Reed fait admirer ses qualités de vitesse et nous dépasse. A cet instant, Cédric Fleureton, Luis Alberto Hernando et Andy Wacker sont environ 2 minutes devant. Nous arrivons au pied de la difficulté ajoutée au parcours initial. Je reprends Cody puis reviens sur les talons de Henri Ansio ! A l’amorce de la descente, je comprends qu’il y a un problème. Je n’ai pas vraiment forcé et pourtant j’ai déjà une vilaine sensation de jambes lourdes. Je mange et bois en me disant que ça va revenir.

20170621_084940

Quelques kilomètres plats, puis le premier ravito est en vue. Je vois que Cédric a pris la tête de la course. Il est dans les escaliers sous le barrage. L’écart est d’environ 2’30. Tout est encore possible à cet instant.

Je prends le temps de bien m’hydrater, quelques mots sont échangés avec le staff et je poursuis mon chemin. L’ascension suivante commence bien et les sensations reviennent. Je me dis que le mauvais moment de la journée est derrière puis d’un coup, à l’approche du sommet, tout s’emballe. Les premières crampes apparaissent. Miguel Caballero me dépasse puis Ludo me double sur la piste forestière. La seule descente technique se profile à l’horizon et je descends prudemment pour tenter de récupérer.

Je reviens à 20 m de Miguel mais dès les premièrs mètres de D+, je sens que ça ne va pas le faire. Philippe Propage est au point d’eau et je lui glisse un « je suis mort ! ». Ce n’est pas dans mes habitudes mais mon corps me trahit ! Les crampes m’envahissent 300 m après le point d »eau. Dani Garcia et Cristofer Clemente me doublent. Le titre par équipe s’envole.

Je ne peux plus faire un mètre en courant sans voir les crampes me fusiller les mollets. C’est un véritable calvaire. Malgré tout, j’essaye d’avancer car je suis encore le troisième français. Pour le moment, c’est mon temps qui compte. Je me dis que les autres vont vite me doubler. Malheureusement, les coureurs défilent et aucun français n’en fait partie. Je peine à dépasser les concurrents du 80 km. C’est un enfer, je ne peux que marcher et encore, je dois m’arrêter régulièrement à cause des crampes ! Parfois, je peux trottiner quelques minutes puis rebelote. Les kilomètres me paraissent interminables. Je m’approche du R2 quand Benoit Cori me dépasse. C’est presque une forme de soulagement. Je me dis que je vais pouvoir finir sans pression.

Je prends tout mon temps au R2 et je repars pour rallier l’arrivée. Je n’ai aucune idée de ma place et à vrai dire, je m’en moque. J’étais venu pour un top 5 et il y a longtemps que l’objectif s’est envolé. Les sensations ne sont pas si mauvaises dès que je peux courir. Je fais de mon mieux pour rallier l’arrivée au plus vite et mettre un terme au massacre. Après avoir repris deux coureurs, je suis de nouveau cloué par des crampes aux ischios. La douleur est terrible, je ne peux rien faire sauf attendre que ça passe. La dernière descente est en vue, je déroule à un bon rythme et dépasse Andy Wacker à 1,5 km de l’arrivée. Je termine en 19ème position.

La déception personnelle est grande. Même si le début de saison n’avait pas été exceptionnel, je pensais faire mieux sur ce mondial. Fort heureusement, la médaille de bronze de Cédric, les médailles d’or et d’argent d’Adeline et Amandine atténuent la déception. Nous avons aussi la chance de remporter une médaille d’argent par équipe. Les Espagnols ont dominé nettement la course par équipe avec un nouveau titre pour Luis Alberto Hernando. Chez les filles, c’est un nouveau titre par équipe et donc deux Marseillaises à chanter lors des podiums.

Les jours suivants sont durs mentalement alors que, physiquement, je récupère vite. Autant de labeur à l’entraînement qui ne concrétise pas, le sport est injuste… Malgré tout, c’est, d’une certaine manière, le meilleur moyen pour apprécier les franches réussites.

20170620_104326

 

Se ressourcer en Ecosse

Dès le mercredi, je reprends l’avion pour vivre de nouvelles aventures sportives. Cap au Nord pour rejoindre Edimbourg et soutenir mon ami et athlète, Sébastien Lange. Il prendra le départ du Celtman, un triathlon extrême. Au menu, 3 kilomètres de natation, 205 kilomètres de vélo et 40 kilomètres de trail. J’ai la chance de partager cette aventure avec sa famille. Pendant que Sébastien se repose, nous découvrons les Highlands et l’île de Skye. Cette région est magnifique avec de grands espaces, peu d’infrastructures humaines. C’était, sans doute, la meilleure destination pour se ressourcer et repartir motivé pour la seconde partie de saison.

Samedi matin, c’est le grand jour de Sébastien. Il est en forme et affûté (trop sans doute pour la température de l’eau). Les premiers nageurs se présentent à T1 et nous ne voyons pas Sébastien. Les minutes s’écoulent et il est, enfin, en vue. Il ne peut faire que de la brasse. Il sort de l’eau en hypothermie. Soutenu par son papa, il rejoint le parc à vélo. Je lui tends un thé pour se réchauffer qu’il se verse sur la tête. La lucidité n’est déjà plus de la partie ! Il enfourche le vélo et zigzague. Sa famille est inquiète, j’essaye de me montrer rassurant. Le début du vélo est compliqué puis, au fil des kilomètres, le coup de pédale se fait plus rond. Il remonte et nous commençons à profiter de cette journée. Les pauses se multiplient, nous encourageons les concurrents de diverses nationalités. Il en faut pour affronter la pluie et surtout un vent terrible.

La transition à T2 est un peu chaotique mais nous ne perdons que peu de temps.  J’accompagne Séb sur la totalité du parcours trail. On s’élance sous une pluie battante. Je ne cesse d’encourager mon ami qui en a besoin. Il alterne les bonnes et les mauvaises périodes. Nous attendons avec impatience la partie montagneuse… sauf qu’elle n’arrivera pas à cause du mauvais temps. Séb est déçu, il ronchonne mais le parcours repli est tout de même magnifique. Au passage du col, nous avons droit à un instant magique : nous sommes seuls avec un joueur de cornemuse sous une pluie battante… Une  belle et dépaysante ambiance de montagne ! C’est incontestablement l’un des plus beaux souvenirs de ma vie sportive !

Les derniers kilomètres sont placés sous le signe de la compétition avec une belle bataille dans les derniers hectomètres. Séb se fait mal et vient prendre une belle 16ème place. Loin de son niveau réel, c’est une certitude. Il est déçu mais voir sa sœur avec les larmes aux yeux me permet de comprendre que parfois le résultat est bien anecdotique. Nous clôturons ces quelques jours par la visite d’Edimbourg. Il est temps de retrouver la France et surtout le chemin de l’entraînement.

Il ne reste que trois semaines avant le High Trail Vanoise. Les séances s’allongent pour affronter cet impitoyable parcours. La chaleur ne facilite pas les choses, je regrette presque la pluie écossaise. Je m’entraîne quelques jours dans le Trièves. Mon séjour se clôture par une double reconnaissance du Trail des Passerelles et plus particulièrement du parcours « Le 3ème poste ». Nous passons des bons moments à la découverte des sentiers et du patrimoine matheysin. A chaque fois, nous sommes accueillis parfaitement au musée de la Mine Image. A visiter impérativement ! Partager des kilomètres et un repas avec des coureurs de tout niveau est une chance immense. J’espère qu’ils prendront du plaisir à la mi-juillet sur ces mêmes sentiers.

Dimanche matin je décide de prendre part à la montée du Revard. Le nombre de participants n’est pas très important mais le plateau est au rendez-vous. Je ne suis pas très frais après une belle semaine mais le départ n’est pas trop rapide. Rapidement, un trio se dégage avec Arnaud Bonin, Laurent Vicente et moi-même. Nous avons quelques dizaines de mètres d’avance quand nous nous égarons. Nous tournons en rond avant de retrouver le parcours. Sauf que nous ne sommes plus en tête de course. Arnaud relance fort et je comprends qu’il ne sera pas simple de résister. Je reviens une première fois puis il s’envole vers la victoire. Je termine en 2ème position et surtout avec une bonne séance dans les jambes !

La semaine suivante est placée sous le signe du volume. En compagnie d’Ugo et Aubin Ferrari, sous la caméra de François Lesca, nous arpentons le Beaufortain. Des moments simples, à la rencontre des chamois, des marmottes mais aussi de ceux qui font vivre ces montagnes. Nous prenons le temps de discuter avec Thierry Bochet qui élève ses chèvres sur les pentes du Mirantin. Il nous indique le sentier que nous cherchions et François immortalise ces moments pour nous offrir quelques images d’anthologie.

Après 15 heures et 8000 mètres de dénivelé positif en deux jours, nous pensions avoir droit au repos. Sauf que le sport de haut niveau, ce sont aussi des moments moins drôles, comme cette séance au seuil dans le col des Saisies sous une pluie battante… Avec Ugo, ça nous fait rire, on regrette juste que François ne soit plus là ! On ne croise qu’un seul cycliste et on plaisante en se disant : « Lui, c’est sans doute un bon copain pour s’entrainer ! » Après quelques heures de repos, nous clôturons ce bloc pour une dernière séance sous le soleil, mais avec une belle fatigue. Nous ne sommes pas très vaillants mais tenons à terminer correctement la séance.

Quel mois de juin, vivement les prochaines aventures !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s