Un mois d’avril sous le signe du partage : épisode 2

Dès le dimanche matin, nous sommes sur le vélo, direction les hauteurs du sud de l’île pour un petit test sur la montée de la Centinella. Cinq minutes à fond pour se débloquer et débuter le stage dans la bonne humeur ! Nous poursuivons notre périple jusqu’à Vilaflor sous une chaleur marquée. On papote, on prend des gros relais, on sprinte aux pancartes à l’entrée des villes. Les sourires sont au rendez-vous et je sais que la semaine s’annonce excellente. Nous sommes de vrais enfants qui découvrent un nouveau terrain de jeu et s’en donnent à cœur joie !

Après une petite sieste, nous partons sous une chaleur suffocante pour une heure de footing. Mes camarades n’apprécient guère le climat. C’est assez amusant à voir ! Pour ma part, malgré les heures d’entraînement qui s’accumulent depuis plusieurs semaines, je ne suis pas trop fatigué.

Lundi matin, nous nous offrons notre première longue sortie de la semaine. Nous avons demandé à notre guide Michel de prévoir environ 170-180 kilomètres avec un bon dénivelé. Nous partons en direction du nord de l’île sur la route aux 1000 virages. A l’époque, il s’agissait de l’unique route et, en effet, ça tournicote beaucoup. Nous arrivons à Arafo après 3h de vélo et le plat de résistance se présente à nous. Un panneau indique le Teide, le sommet de notre sortie, à 48 kilomètres. Oui, oui, vous avez bien lu, il s’agit d’un col de 48 kilomètres ! Pour être parfaitement honnête, il y a plutôt 30 kilomètres de montée continue pour 2000 mètres de dénivellation positive. Ensuite, on progresse dans un paysage exceptionnel. On a l’impression d’être sur une autre planète. La chaleur et la difficulté du parcours font des dégâts, mais mes trois camarades tiennent le coup. On pose devant le Teide au Parador. Un lieu connu du monde cycliste puisque les pros viennent régulièrement en stage ici pour préparer la saison cycliste.

Malgré cette longue journée, nous donnons le maximum dans la dernière ascension de 3 kilomètres. Les jambes répondent bien malgré près de 6h de selle. Ensuite, c’est le cadeau de la journée avec une descente de 50 kilomètres pour rejoindre la mer.

Mardi, nous nous levons tôt pour un footing à jeun. Le lever de soleil sur l’océan nous récompense généreusement… Ces moments magiques nous permettent de mesurer d’autant plus notre chance d’être là, en bonne santé et en train de vivre notre passion.

Ce jour-là, Anaïs et l’une de ses amies nous rejoignent pour la fin du séjour. Elles aussi vont pouvoir profiter du soleil des Canaries ! Elles sont d’ailleurs mises au parfum sans tarder puisque l’après-midi débute par une belle sortie en vélo de près de 3 heures ! Le fait de rouler sur des routes inédites me pousse à allonger la sortie. Quel bonheur de rouler sous le soleil ! La journée n’est pas finie puisqu’il reste une dernière séance. Au menu, c’est 15*40 » VMA en côte avec descente en 50 » puis 20′ au train vers 15 km/h. La chaleur durcit cette fin de journée, mais tout se passe bien. L’émulation du groupe est positive et je ne vois pas les heures accumulées de la même façon que lorsque je m’entraîne seul.

Mercredi, nous démarrons le vélo à 9 heures et formons un groupe conséquent. Nous roulons tranquillement en longeant l’océan enfin de rejoindre les hauteurs de l’île. Notre périple nous conduit jusqu’à Vilaflor et j’en profite pour faire une longue portion au seuil sur la montée où je vais disputer mon premier CLM en vélo. Le final est assez terrible et la course de dimanche s’annonce douloureuse vu les pourcentages ! L’après-midi est plus douce avec un petit footing d’une heure en amoureux. Anaïs et moi alternons les passages en bord de mer et les petites montées sur les volcans. C’est un terrain assez joueur.

Jeudi, nous partons à l’assaut du Teide. Vu que nous logeons au niveau de la mer, il faut commencer par rejoindre le Parador. Les lumières sont exceptionnelles et lorsque nous arrivons dans la caldeira, nous avons l’impression d’être seuls au monde. Nous garons notre véhicule au Parador et partons à pied à l’assaut de la montagne. Le Teide est le plus haut sommet d’Espagne avec ses 3715 mètres d’altitude. Nous avons prévu d’aller jusqu’au téléphérique situé à 3550 mètres car l’accès au sommet est restreint et nécessite une autorisation. Rapidement, nous nous rendons compte que l’altitude est bien présente. Anaïs peine un peu pour rejoindre les 3000 m et elle préfère rebrousser chemin avant le sommet. Je continue en solo à travers une belle coulée de lave qui rend le sentier technique. Je peux apercevoir l’île de la Palma où je disputerai bientôt la Transvulcania. Aujourd’hui, il y a une mer de nuage et j’aperçois seulement les points les plus hauts de la course, dont le Roque de Los Muchachos. Je parviens au niveau du téléphérique où il y a nettement plus de monde. Je profite de la vue puis fais demi-tour par le même chemin. La descente est technique avec beaucoup de pierres volcaniques et mes chevilles n’apprécient guère ! Je retrouve Anaïs et nous profitons de ces magnifiques paysages avant de redescendre à Las Galletas.

Vendredi est consacré à une nouvelle sortie longue en vélo. On se fixe l’objectif d’atteindre les 5000 mètres de dénivelé positif. C’est un vrai défi, d’autant plus qu’il faut inclure quelques portions plus intenses. Malgré un temps changeant, c’est une belle journée de partage même si la fatigue commence à se faire sentir. A titre personnel, j’ai plutôt de bonnes sensations. Après un premier passage dans une montée de 3 kilomètres avec des portions à plus de 20 %, je reviens me tester au même endroit après 6h30 de selle : c’est pénible mais je passe sans trop de souci. Je termine en solo après 170 kilomètres et 5000 mètres de dénivelé. Je n’étais jamais resté aussi longtemps sur mon vélo ! J’apprécie ces moments de découverte où l’on apprend beaucoup sur soi-même et sur son corps. Au-delà de toute performance, ces journées vous construisent mentalement. J’aime m’entraîner et plus les années passent, plus j’aime ça. Je prends conscience que j’aime l’entraînement peut-être encore plus que la compétition. Il n’y a aucun stress, aucune attente si ce n’est celle de se prouver à soi-même que l’on peut le faire. C’est sûrement la meilleure manière d’appréhender la compétition : se fixer des objectifs personnels et les remplir pour soi, jamais pour les autres.

Après cette longue journée, nous passons la soirée à rire et discuter entre amis. Des journées hors du temps et des tumultes de la vie quotidienne…

Samedi est une journée un peu plus cool sur le plan sportif. Nous nous offrons un footing à l’aube sur les bords de l’océan Atlantique. Partager ces moments avec Anaïs sont magiques. Nous clôturons la sortie par un passage à la boulangerie pour offrir un gâteau aux amis qui se réveillent.

J’enfourche mon vélo l’après-midi pour découvrir la première partie du chrono en côte que je ferai le lendemain. Les jambes accusent les heures de la semaine !

Dimanche, c’est le jour du chrono de l’Enfer. 10 kilomètres et  près de 700 m D+ sur des routes irrégulières, alternances de replats, de mini-descentes et de portions raides… voire très raides ! Je ne connais pas trop cet effort, alors comment le gérer ? Je m’échauffe durant 30 minutes avec quelques accélérations puis m’élance avec le dossard 22. C’est parti, à l’assaut des routes où les pros se testent régulièrement ! Sébastien s’est élancé une minute avant moi. Je reviens sur lui vers le kilomètre 4 et nous restons quelques instants ensemble avant que la route ne s’élève de manière plus brusque. Les 3 derniers kilomètres sont terribles, je peine à garder une bonne cadence de pédalage, je relance du mieux possible. L’effort est pénible et je donne tout dans le sprint final pour conclure en 32’02. Meilleur chrono provisoire jusqu’au passage des coureurs élites. Finalement, je termine 8ème à plus de 3 minutes du vainqueur qui écrase la course. Les copains en terminent et Anaïs finit le chrono toute fraîche. Il va falloir bosser la notion de « je me donne au maximum » !

La semaine touche à sa fin. Nous profitons du lundi pour visiter Las Americas. Un dernier bon repas et il est temps de ranger les affaires pour le retour en France. Le voyage via Madrid est un peu long et nous arrivons à Paris sous un climat nettement moins agréable. C’est même la neige qui nous attend en Savoie !


C’est sûrement la meilleure manière d’appréhender la compétition : se fixer des objectifs personnels et les remplir pour soi, jamais pour les autres.

La reprise de l’entraînement se fait par une belle sortie dans le Beaufortain où la neige a repris ses droits. Heureusement, le soleil nous gratifie de son retour pour le week-end. Avec les autres membres du groupe 2EP, nous nous retrouvons sur les bords du lac d’Annecy. Un week-end orienté marathon où tous les coureurs se retrouvent pour partager des bornes, de la sueur et des bons repas. Plus d’une centaine de personnes réunies autour d’une même passion pour le sport ! Une union d’autant plus symbolique en ces périodes d’élection. Le groupe a bien grandi depuis 2010 et mes débuts avec Patrick Bringer. J’ai tenté de transmettre mon expérience sur le ravitaillement en compétition face à une salle bien pleine. Merci de m’avoir écouté !

Place à quelques jours de repos pour assimiler ce copieux mois d’avril.

Il est désormais temps de décoller pour l’île de la Palma et prendre le départ d’une seconde Transvulcania.

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