Un Ventoux sous le signe du partage

De mes débuts en mars 2011 à ce dimanche 19 mars 2017, j’ai connu toutes les éditions du trail du Ventoux. C’est devenu une sorte de pélerinage annuel. C’est aussi et surtout l’occassion de revoir les amis.

Après un trajet touristique via les routes de la Savoie, de l’Isère, de la Drôme, des Hautes-Alpes et du Vaucluse, nous arrivons à Bédoin vendredi après-midi. Le week-end débute par une belle balade sur le Mont Ventoux. Nous profitons d’un temps printanier pour se dégourdir les jambes. Nous déposons nos bagages au Domaine des Florans puis nous rejoignons des amis. Nous papotons, nous mangeons un excellent risotto made by Philippe en agrémentant le tout d’un bon vin du Ventoux ! Il ne faudrait pas perdre de vue les priorités ! Des beaux moments de partage sans le moindre stress précompétitif.

La journée du samedi passe vite dans un savant mélange de footing avec les copains, restaurant en famille, retrait des dossards et préparatifs des affaires. C’est sympa parce que Fabien immortalise une partie de ces moments pour un documentaire TV. J’ai aussi surkiffé la monstrueuse attaque de Sagan dans le Poggio et ce sprint d’anthologie avec Kwiatovski et Alaphilippe. Pour ceux qui ne savent pas de quoi je parle, honte à vous ! 🙂


« La course est lancée et, aujourd’hui, on sent que ça va batailler ferme. »


La nuit est paisible et il est temps de se réveiller. Je finis les préparatifs et file sur la ligne de départ. C’est un moment sympa où l’on salue les autres participants. Sur une échelle du stress de 0 à 10, je dois être à 2. La course est lancée et, aujourd’hui, on sent que ça va batailler ferme. Je reste en retrait durant les premières minutes puis passe en tête sur les crêtes de la Madeleine pour calmer le jeu. Ca fonctionne moyennement puisque Marc Lauenstein et d’autres coureurs haussent le rythme au passage de la Chapelle de Piau. Je temporise et une petite erreur de parcours me permet de repasser en tête de course. Le rythme est très tonique et Marc se détache à l’avant. Je ne sais pas trop ce qui se passe à cet instant, mais je décide de le suivre. Je connais la course par cœur et je sais qu’à cette période de l’année, je ne suis pas capable de tenir ce rythme. Qu’importe, je veux passer la journée devant avec un grand coureur d’une gentillesse et d’une humilité exceptionnelle.

Ravito express. Je repars en tête et, rapidement, je suis rejoint par Marc et Romain Maillard. Marc s’échappe encore mais nous le rejoignons et profitons du panorama exceptionnel du Ventoux. Nous zizaguons entre les plaques de verglas et progressons vers le sommet. Je glisse un petit mot à Romain en lui disant qu’il est dans le bon groupe. En fait, je n’en sais rien, mais je serais heureux que Romain nous rejoigne en équipe de France.


« Je serais heureux que Romain nous rejoigne en équipe de France. » 


© Trails Endurance Mag

Nous progressons entre la neige et le verglas et nous luttons face au vent. Marc est le plus fort et il franchit le sommet en tête. Romain et moi-même accusons une vingtaine de secondes de retard. Je commence à payer mon départ rapide et les crampes me titillent. La descente est rapide. Nous restons proche de Marc. Pas d’arrêt au point d’eau, c’est en mode TGV que nous atteignons le pied du Combe de la Grave. La course pour la victoire commence ici et elle tourne court tant Marc semble à l’aise. Les crampes s’invitent à nouveau et je dois gérer mon effort. Romain reste avec moi. Je fais le deuil de la victoire et me concentre sur la régularité. Si je ne peux pas gagner, la place m’importe peu alors je progresse de manière régulière pour permettre à Romain de profiter de mon expérience du terrain. On discute assez peu car on est au taquet, mais on ne s’attaque jamais. A l’appoche de Mazamet, Ludo Pommeret nous rejoint et notre trio se lance tambour battant dans la descente finale. Je mène le groupe mais les fibres sont trop tendres, je dois ralentir et Ludo décide de prendre la tête. Le petit mur pour rejoindre la crête m’est fatal. Je suis cloué sur place par les crampes. Romain me demande combien de temps il reste ! Je réponds 20′ environ et je le laisse passer. Je souffle, m’étire et repars doucement.

© Trails Endurance Mag

Je pense boucler la course en 4ème position mais Romain coince un peu. Je le rejoins et je l’encourage. Ludo n’est pas si loin mais j’avoue que je n’ai guère envie de me faire violence pour tenter un hypothétique retour. Je reste avec Romain jusqu’à la dernière bosse puis je prends quelques secondes d’avance. Je boucle la course en 3h50′ sur la dernière marche du podium. Marc l’emporte sans grande surprise : on parle d’un vainqueur de Sierre Zinal ! Ludo, très motivé par la sélection, s’offre une 2ème place méritée et Romain complète l’équipe de France avec sa 4ème place. Quatre coureurs en 2′ mais surtout quatre coureurs qui trouveront tous un motif de satisfaction au-delà de l’immense chance de pouvoir être en bonne santé et de gambader sur les sentiers.

J’ai été heureux de vivre cette course de l’intérieur sans pression avec juste l’envie de vivre une belle et grande journée de sport. Le sport, c’est aussi ce genre d’aventures humaines. J’ai connu la joie d’une première sélection et je sais à quel point cela reste exceptionnel. Romain a connu ce bonheur et c’est le fruit d’un travail acharné. Bravo à lui mais aussi à tous les participants ! Le Ventoux se mérite !

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