Mondiaux 2016 : récit de course

Le championnat du monde reste une course à part dans le calendrier. D’abord, sur le plan sportif, c’est une course de haut niveau. Ensuite, il y a cette chance de représenter son pays et porter le maillot national est un moment privilégié. C’est ma troisième participation à cette compétition internationale, mais la première où je viens clairement avec des envies de podium individuel.

Début septembre, je suis venu en reconnaissance sur le parcours pour m’imprégner du terrain. J’ai découvert un parcours exigeant et difficile. J’ai surtout été marqué par le côté abrasif de la végétation portugaise. De retour en France, je savais que la course serait dure et sélective.

Jeudi matin, je quitte la Savoie pour retrouver une partie de l’équipe à l’aéroport de Lyon. L’ambiance est excellente et nous atteignons Porto en début d’après-midi. Dès la sortie de l’aéroport, on comprend qu’il fait plus chaud qu’en France. Les températures sont quasi-estivales. C’est agréable pour flâner… mais nous ne sommes pas vraiment venus pour faire du tourisme ! Un trajet rapide en voiture et nous voilà à Bom Jesus, dans la belle ville de Braga. Le parc autour des hôtels est bucolique avec un spot magnifique pour faire des séances d’escaliers.

Après avoir récupéré nos accréditations, nous partons pour un petit footing de 35′. Comme prévu, il fait chaud. Il faudra bien s’hydrater pour la course. On papote tranquillement avec Gilles, Michel et Sophie. Les jambes sont plutôt légères. C’est le signe que la fatigue de la préparation est évacuée. Un repas sous forme de buffet et il est temps de filer au lit.

La journée de vendredi est plus chargée. Après le petit déjeuner, nous faisons une réunion technique, puis place au footing d’avant-course. 40′ dont quelques accélérations où nous constatons, Ludo et moi, qu’Anne-Lise est presque aussi rapide que nous au sprint ! On rigole bien, zéro pression. La fin de matinée passe rapidement entre préparatifs des affaires, des sacs, du ravitaillement et la prise de sang par la commission médicale de l’ITRA. Les 10 premiers et premières du classement ITRA sont prélevés ainsi que les meilleurs et meilleures de chaque nation. Ces contrôles ne sont pas de réels contrôles antidopage mais permettent de détecter des profils atypiques ou anormaux. Plus globalement, c’est aussi une démarche de santé vis-à-vis des athlètes.

Une fois restaurés, nous nous octroyons une petite sieste avant de rejoindre le centre ville de Braga pour la cérémonie d’ouverture. Après un défilé de quelques centaines de mètres, nous assistons à une longue, très longue série de discours. Assis confortablement, nous profitons de la douceur du climat portugais. De retour à l’hôtel, je prends un repas rapide et léger puis file au lit. Je dors paisiblement et me réveille facilement à 2h15. Derniers préparatifs puis petit déjeuner avant de prendre le bus. Il y a 45′ de trajet pour rejoindre la ligne de départ et le bus part seulement à 3h55 (prévu à 3h30). Le trajet se passe bien hormis la chaleur. Nous débarquons à 3h45 sur le lieu de départ. Autant dire que l’échauffement est minimaliste. Je trottine 5′ puis fais quelques exercices de proprioception. Il est temps de se faufiler jusqu’à la ligne de départ.

5h00. Le départ est donné et le rythme reste raisonnable sur ce premier kilomètre bitumé. Rapidement, la route se redresse nettement et les souffles se font plus courts. Je grimpe en totale aisance puis me retrouve en tête de groupe. Patrick m’avait dit de ne jamais mener le train mais tous les voyants sont au vert. Ludo prend quelques longueurs et nous gratifie d’une « ola ». Sacré Ludo !

Première descente, ça frotte, ça pousse, on ne dirait pas que la course va durer 8h30. Je rétrograde légèrement mais recolle rapidement sur une partie roulante. Pendant ce temps, Alex Varner s’échappe légèrement. A l’approche du premier point d’eau, je fais une pause pipi puis reprends la tête du groupe de chasse. J’évite ainsi les soucis pour remplir ma flasque. Nous repartons groupés et partons à l’assaut d’une longue ascension entrecoupée de parties descendantes. Le peloton s’étire de plus en plus mais mes compatriotes sont tous là, sauf Aurélien. Sylvain mène en descente et je le remplace en côte. Ludo nous dépasse et mène le groupe sur le sommet puis attaque à bon rythme la descente. Je reste détendu et rejoins le premier ravitaillement dans la foulée de Tofol Castaner et Luis Hernando. Cette belle descente technique a été avalée à une bonne allure.

mondiaux

Je reste calme et prends mon temps pour souffler quelques secondes. Je repars pour une belle ascension. Le groupe de tête se reforme. Moment sympa dans une petite descente où nous sommes 5 français en tête de course. D’ailleurs, la situation est drôle puisque Luis lance un « Allez la France ! » Il faut bien avouer que c’est la seule fois de la journée où il nous aura fait rire…

Quelques instants plus tard, la rigolade est finie et Luis commence à durcir le rythme. Je décide de suivre sinon le titre va s’envoler. Je repasse en tête sur une portion plus raide mais nous ne sommes plus qu’un trio avec Sylvain à nos côtés. Le sommet de la bosse est là et je perds quelques longueurs sur le début de la descente mais recolle rapidement. Je reconnais les sentiers empruntés en septembre mais ils sont bien plus praticables aujourd’hui. Souvenir de cette sortie « égratignage de cuissots »… Nous traversons Campo de Gères et atteignons le barrage.

J’avais prévu de produire un premier effort ici, mais c’est Luis qui s’envole dans la montée à la Sierra Amarela. Il prend vite du temps. Les sensations ne sont pas fantastiques à ce moment-là. Je possède quelques longueurs sur Sylvain mais il revient à l’approche du sommet. Ravito assez long, je galère avec mon stick de boisson mais je reste calme. Je repars quelques secondes avant Sylvain. Il me rejoint puis nous discutons un peu. On se dit que rien n’est joué. Le rythme est rapide avec une alternance de piste roulante et passages plus techniques. Le ravitaillement de Lindoso est vite là. Arrêt rapide puis je repars en 3ème position. Je commence à avoir la canne moins vigoureuse. La fin de course promet d’être une belle souffrance ! A cet instant, je me rappelle les heures de préparation et me dit que je vis un de ces moments durs inévitables sur ce type d’effort.

Je fais le yoyo derrière Sylvain. Cette section est usante sous forme de montagnes russes. Je suis 50 m derrière Sylvain lorsqu’il se fait une entorse et chute dans un passage technique. Je ralentis et lui demande si tout va bien. Il me répond de continuer donc je repars. Cette partie du parcours me paraît interminable et Sylvain revient à l’approche de Soajo. Je remplis mes 2 flasques. Il reste la dernière grosse difficulté du parcours. D’abord roulante, donc je me force à courir, enfin plutôt à trottiner vu mon allure… Après 250 m de D+, il faut vite se résoudre à marcher. A cet instant, je regrette l’absence des bâtons. Il faut bien avouer que je traîne un peu ma peine sur cette fin d’ascension. Je n’arrive pas à me détacher. Au contraire, Sylvain me rejoint puis me dépasse. Je bascule avec 20″ de retard. Petit arrêt pour remplir ma flasque à une fontaine et m’asperger le visage

La descente est piègeuse et assez raide. Je fais l’effort et rejoins Sylvain juste avant le ravito. Je bois beaucoup puis quitte la zone de ravitaillement par un contrôle du matos obligatoire. Il reste 12 kilomètres pour conquérir la médaille d’argent. Oui, il y a un mec qui se balade avec 12′ d’avance sur nous, donc le titre est joué depuis un moment !

Je n’aperçois plus Sylvain et pense que l’écart est fait. Je ne connais pas la fin du parcours et continue à bien me ravitailler. J’en garde un peu sous le pied en prévision des derniers talus à franchir. Sylvain recolle. Quelques coups de cul bien cassants pour finir de s’user le jaret… La ligne approche et ça sent la fin au sprint. A 2 kilomètres, je hausse le rythme en descente mais les crampes me titillent les mollets. Ne pas se tendre et éviter les changements brusques d’allure… Je ne me retourne pas et poursuis mon effort. Il reste moins de 800 m quand je réalise que Sylvain n’est plus là.

Ce coup-ci, ça va le faire ! Je profite des derniers mètres pour taper dans les mains du public. Je franchis cette fameuse ligne d’arrivée. Vice-champion du monde en 8h30’08 » derrière un intouchable Luis Hernando vainqueur en 8h20′. Sylvain Court, très solide malgré son entorse, complète le podium quelques secondes après mon arrivée.

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Le festival français se poursuit avec l’arrivée de Benoit Cori qui nous offre le titre par équipe. Quel compétiteur celui-ci ! Ludo Pommeret conserve sa 5ème place acquise l’an passé et achève une saison majeure. Diego Pazos, le Suisse, est 6ème quelques minutes devant Aurélien Collet, superbe 7ème malgré une préparation contrariée. Tofol Castaner, Andy Symonds et Stephan Hugenschmidt complètent un beau top 10. Avec ce beau tir groupé, nous conservons la médaille d’or par équipe devant l’Espagne et l’Allemagne. Chez les femmes, Caroline Chaverot parachève une saison exceptionnelle. Elle devance Azara Garcia et Ragna Debats. La 4ème place de Nathalie Mauclair et la 11ème d’Aurélia permettent à la France de conserver son titre par équipe.

Rapidement, on nous notifie un contrôle antidopage. Ca va encore durer trois plombes cette histoire avec la chaleur du jour ! En effet, ça dure… L’attente est même entrecoupée d’un petit vomito. Malgré tout, je réussis à remplir les 90 ml règlementaires.

Après quelques jours, je réalise un peu mieux la chance de vivre ces moments. Il faut bien avouer qu’en mai 2010, je ne pensais pas glaner une médaille mondiale. Tous les rêves sont accessibles à ceux qui s’en donnent les moyens. Patience, rigueur et plaisir sont indispensables à la réussite de ces objectifs. C’est valable dans tous les domaines. Un ami m’a dit un jour : « Depuis 4 ans, tu as semé et l’heure de la récolte va bientôt sonner ! » Il avait raison. Il reste une marche à gravir, ce sera la plus difficile. Je vais tout faire pour réussir. Nelson Mandela disait : « Je ne perds jamais : soit je gagne, soit j’apprends. »

Un immense merci à tous pour vos messages. J’ai une pensée pour ceux qui ont pris part d’une manière ou d’une autre à ce résultat, et plus particulièrement Anaïs et Patrick, ainsi que mes parents. Merci aussi à mes divers partenaires qui sont indispensables à la pratique sérieuse et assidue du sport.

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